Flamboyante Zola : Le livre de Jean-Louis Milesi
Puis est arrivée une lettre anonyme : " Votre époux entretient une relation adultérine. Il y a quelques jours est né Jacques. "
Douleur, folie, envie de meurtre... Foudroyée, sa vie sombre comme un bateau pris dans la tempête. Mais cette femme, moquée par le beau monde parisien, va en estomaquer plus d'un. Et lorsqu'à son tour son mari sera trahi par ses amis, menacé de mort, condamné, exilé... elle se dressera pour n'en devenir que plus flamboyante.
Ce roman de Jean-Louis Milesi, imagé, puissant, souvent drôle, n'est pas une biographie. C'est un voyage charnel, sanguin, au plus près d'une femme au glorieux et cruel destin. Une femme qui est devenue, face à la disgrâce, à l'animosité et au deuil, une figure héroïque.
De (auteur) : Jean-Louis Milesi
Expérience de lecture
Avis des libraires
Avis Babelio
berni_29
• Il y a 3 semaines
Flamboyante Zola, le qualificatif féminin du titre pourrait vous étonner. Non il ne s'agit pas d'une faute d'accord, je veux vous parler ici de Madame Zola. Connaissez-vous Alexandrine, compagne puis épouse de l'auteur des Rougon-Macquart ? Les femmes des grands hommes sont souvent cantonnées dans l'ombre, discrètes, effacées. À leurs propos on les désigne volontiers par « la femme de... ». Ici, j'aurais presque pu vous demander : connaissez-vous le mari d'Alexandrine Zola, sans être pour le moins ironique ou provocateur ? D'ailleurs le second intérêt du livre écrit par Jean-Louis Milesi après celui tout d'abord de nous faire rencontrer le personnage principal, c'est bien celui aussi de nous dresser un portrait d'Émile Zola sous un angle nouveau. Mais qui est Alexandrine Zola ? Pourtant vous la connaissez sûrement, peut-être pas sous son autre nom de l'époque, mais du moins sous son apparence. Approchez, je vous entraîne au musée d'Orsay. Nous sommes devant la fameuse scène peinte par Édouard Manet, le Déjeuner sur l'herbe. Oubliez un instant les trois personnages au premier plan, concentrez-vous sur le fond du paysage, là-bas une jeune femme facétieuse semble sourire, silhouette courbée, retroussant légèrement sa robe qui dénude ses épaules, les pieds nus dans l'eau... C'est elle, Gabrielle Meley, du moins c'est elle qui servit de modèle au personnage de cette toile qui fit scandale. À l'époque, les amis d'Émile Zola avait pour nom Édouard Manet, Paul Cézanne. C'est dans ce cercle d'amis qu'Émile Zola fit la rencontre de celle qu'il n'allait pas tarder à épouser pour le meilleur et pour le pire. Justement le pire survient au début du récit, lorsque Madame Zola reçoit une missive qui livre en substance ces mots cinglants « Chère Madame, j'ai la douleur et le devoir de vous apprendre que depuis trois ans votre époux entretient une relation adultérine avec mademoiselle Jeanne Rozerot. » Cette fameuse Jeanne Rozerot fut lingère quelques années auparavant au service des Zola. Tout d'abord incrédule, Alexandrine pousse un cri sidéral qui retentit dans toutes les pages du texte, son visage passe tour à tour par la sidération, le chagrin, la colère, elle vient de comprendre que son mari a une double vie et ne tarde pas à découvrir que dans cette double vie, à quelques encablures de leur appartement parisien ainsi qu'à Médan, leur résidence estivale, figurent dans cette existence parallèle de l'auteur, deux enfants. Nous sommes en 1891 et nous venons d'entrer dans l'intimité d'un couple marié depuis près de trente ans... Flamboyante Zola se veut avant tout être une biographie romancée de la femme de Zola. Comme toute tentative d'exercice dans ce sens, l'auteur, Jean-Louis Milesi, dont on saluera ici le riche travail documentaire qui l'a inspiré et dont il livre les références à la fin de l'ouvrage, a forcément comblé les zones blanches d'une histoire, ce qui pouvait être, et a eu recours à un imaginaire possible, de sorte que le livre mêle fiction et réalité sur cette tranche où s'invite l'intime d'un couple confronté à ce qui est révélé dans cette trahison conjugale et la part universelle qui a secoué un pan à la fois artistique et politique de cette fin du XIXème siècle, à savoir l'affaire Dreyfus et l'antisémitisme effroyable de cette période. L'écriture de Jean-Louis Milesi est moins flamboyante que le personnage féminin qu'il met en scène. Elle est cependant addictive comme un thriller. Il y a aussi ces zones d'ombres où l'écrivain s'est senti autorisé à inventer des dialogues, peut-être des rencontres, je pense notamment à Alexandrine confrontée à sa rivale, ou bien encore celle-ci allant à toute force chercher le témoignage de Paul Cézanne, l'ami déjà trahi depuis longtemps à cause du fameux opus des Rougon-Macquart, L'oeuvre, où il s'est reconnu dans le personnage de Claude Lantier. Il aura des mots odieux à l'encontre de son ancien ami. Quelle part faut-il accorder à ce témoignage ? D'ailleurs, Gervaise, Nana, Hélène Mouret, Clotilde... sont des personnages féminins tout droit sortis de l'univers amoureux de Zola, autant inspirés d'Alexandrine que de Jeanne. Alexandrine ne vient-elle pas d'ailleurs de la rue lorsqu'ils font connaissance, ainsi est peut-être née dans l'imaginaire de l'écrivain la lignée des Macquart... ? Jean-Louis Milesi n'est pas Stefan Zweig. Il n'a pas la qualité du style romanesque de ce dernier, ni son écriture, ni sa manière de fouiller un personnage, mais il nous révèle un personnage saisissant, haut en couleurs, qui se transforme, par les difficultés à la fois intimes du couple et le combat social et politique que va livrer son mari, en une héroïne éclatante et résiliente. L'écriture est imagée, puissante, parfois drôle, elle invite dans l'intimité de ce couple hors norme des passages charnelles, émotionnels... En plaçant Alexandrine Zola au centre du récit, Jean-Louis Milesi offre une perspective inédite sur une femme souvent éclipsée par son mari. Ce choix narratif donne une profondeur nouvelle à l'histoire littéraire de cette époque, faisant d'Alexandrine Zola un symbole de force féminine et d'émancipation. Ne sachant pas quelle est la part de vérité et de fiction dans le récit, il y a toujours un doute à prendre tout ceci pour argent comptant, y compris la mort de Zola qui, officiellement est un banal accident domestique, l'auteur évoque ici une autre hypothèse, qui selon les sources qu'il possède tiendrait la route. Pour revenir à la protagoniste principale du récit, les faits sur lesquels il s'appuie ont indiqué la part réelle et significative de l'engagement d'Alexandrine Zola aux côtés des combats de son époux dans l'affaire Dreyfus. Lorsque Zola dut s'exiler à Londres, elle fut une ardente actrice de cet engagement en France, à Paris, la classe politique et les milieux intellectuels, artistiques s'étant non seulement détournés de Zola, mais n'hésitant pas à salir son image. Émile Zola peut lui en être infiniment reconnaissant, jusqu'au sublime crachat qu'elle infligea au visage d'Édouard Drumont, figure politique notoire de l'antisémitisme national de l'époque. Chapeau bas, madame Zola ! La vie d'Alexandrine Zola aurait même pu être écrite par son époux. Sans doute, l'a-t-il fait à divers endroits de son oeuvre, à commencer par Les Rougon-Macquart, comme je l'évoquais auparavant, ou même Thérèse Raquin... Alors, bien sûr, il serait facile d'observer que Jean-Louis Milesi s'est donné un main plaisir à nous présenter un certain Émile Zola, plus intime, dont on connaît moins cette façade peut-être moins rutilante, ses faiblesses, son côté égoïste, parfois goujat, empli d'humanité. Elle est le propre de tout personnage public. Ce n'est pas ce que je retiendrai de ce roman, Zola pour moi restera toujours le grand Zola. Je préfère retenir l'image d'une femme digne, intègre, que beaucoup de l'entourage du couple ne respectaient pas parce qu'elle venait de la rue, parce qu'elle avait un langage cru, mais lorsque tous ceux qui l'ont dénigré et qui se prétendaient proches de Zola ont trahi ce dernier lors de l'affaire Dreyfus, c'est elle qui était là, se dressant seule, comme debout sur une barricade, courant, agissant, oeuvrant jusqu'au bout, jusqu'à protéger sa rivale et les enfants que cette dernière avait eus avec l'homme de sa vie. Elle était tout simplement flamboyante. Et ce livre est un formidable roman d'amour. À présent, j'ose vous demander : connaissez-vous le mari d'Alexandrine Zola ? Merci à Doriane (@Yaena) de m'avoir proposé de venir dans la lecture commune de ce très beau récit, c'est notre passion partagée pour Zola qui nous y a amené.
Alfr
• Il y a 1 mois
Livre dévoré en deux jours malgré mes craintes initiales sur l'avertissement "ce roman n'est pas une biographie". Je craignais en effet des égarements purement romanesques et subjectifs. Or, il n'en fut rien ! Les dialogues sont certes inventés mais tout est basé sur la biographie des deux époux (à la fin du livre, l'auteur met à notre disposition les éléments les plus flous ou imaginés). C'est donc une manière très adroite et agréable d'entrer dans la vie de celle qui fut un pilier pour ce célèbre Emile Zola ! Il m'est arrivé d'avoir été choquée par l'emploi de certains termes familiers, mais je me suis vite rappelée des origines d'Alexandrine. Peut-être est-ce donc une volonté de l'auteur, même si ces familiarités peuvent paraître simplement maladroites. L'objectif est cependant tout à fait réussi pour moi : entrer simplement dans la vie de celle qui est restée dans l'ombre d'un grand homme salué par la France. Ayant jugé l'œuvre en elle-même, je me permets maintenant de juger les personnages de cette œuvre : vous découvrirez un Zola somme toute assez lâche dans sa vie privée et une épouse qui peut paraître faible et "névrosée" (toute ma modération sur ce terme), mais qui pour l'époque n'avait finalement pas de nombreuses autres opportunités. Elle aurait pu quitter cet époux qui voulait à tout prix une descendance qu'elle ne pouvait lui offrir (ça c'est le côté le plus "présentable") ou quitter cet époux qui voulait simplement oublier sa vieillesse aux côtés d'une femme décidément plus jeune, dont il pouvait disposer à tous moments...oui elle aurait pu le faire. Cependant, il est indéniable qu'elle ne parvient pas à se détacher de cet amour longuement construit avec cet homme qui n'était encore rien lorsqu'elle l'a épousé. Alors, on découvre qu'elle fera tout pour lui : en particulier le sortir des situations les plus délicates malgré la haine et l'humiliation qu'elle a subies, leur situation étant connue de bien des gens ! Madame Zola est donc une femme de caractère construite sur une impression de faiblesse. Et Zola n'aurait pas été ce qu'il fut sans elle. Portrait d'une femme, portrait d'une époque, ce livre donne à réfléchir sur la vie des grands écrivains qui continue à me passionner. Je remercie évidemment l'auteur Jean-Louis Milesi pour ce portrait magnifiquement exécuté , les éditions Presses de la Cité et Babelio dans le cadre des masses critiques.
sashamcd
• Il y a 1 mois
il est assez compliqué pour moi de formuler un avis construit. mes sentiments quant à ce livre sont mitigés. c’est un livre qui se lit très rapidement, assez fluide et très accessible. je pense que ce qui m’a le plus dérangé, c’est la façon dont la quatrième de couverture nous promet un roman sur alexandrine zola, sur elle, son passé, sur tout ce qui la construit. mais c’est surtout un roman sur émile zola à travers alexandrine zola. j’aurais aimé tellement plus de détails sur son passé; un regard neuf sur son enfance, son expérience dans la rue, plus de détails sur le deuil de sa fille. ce livre ne passe absolument pas le test de bechdel et je trouve ça dommage pour un roman qui se veut basé sur la vie d’une femme.
Elneries
• Il y a 1 mois
Certainement l'un des romans les plus réjouissants de cette rentrée littéraire d'hiver ! Les écoles et les rues portent son nom, il a écrit l'une des oeuvres majeures de la littérature française et continue d'être étudié par tous les collégiens de France... Emile Zola fait pour sûr partie de notre patrimoine culturel. Mais qu'en est-il de son épouse ? Quel était son nom, par ailleurs ? Alexandrine ? Gabrielle ? Avec humour et délicatesse, l'auteur présente au grand public celle que l'on nommait «la femme de». La 4e de couverture nous prévient toutefois : ceci n'est pas une biographie. Grand bien nous fasse ! Nous serions passés à côté d'un roman jubilatoire, passionnant, frais, tragique et décalé. Oui oui, tout ça ! Zola s'est inspiré de sa femme pour donner vie à ses personnages les plus modestes. Deux siècles plus tard, Jean-Louis Milesi lui rend, par l'écriture, le rôle qui lui revient : celui d'une héroïne. Flamboyante Zola, quel juste titre !!
Avis des membres
Fiche technique du livre
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- Genres
- Romans , Roman Français
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- EAN
- 9782258208865
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- Collection ou Série
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- Format
- Grand format
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- Nombre de pages
- 384
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- Dimensions
- 212 x 137 mm
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