Dieu, le temps, les hommes et les anges : Le livre de Olga Tokarczuk

Poche

Robert Laffont

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Antan a tout l'air de n'être qu'un paisible village polonais. L'existence y est ponctuée par le temps : le temps d'aimer, de souffrir puis de mourir. Antan est situé au centre de l'univers – coeur du monde, coeur des hommes, coeur de l'histoire. Mais qui préside à son destin ? Dieu, qui du haut des cieux lui envoie les maux et les bonheurs dévolus aux humains, ou le châtelain Popielski, envoûté par le Jeu du labyrinthe que lui a offert le rabbin et qui, d'un coup de dés, renverse peut-être l'ordre des choses ? Un homme se transforme en bête, les âmes des morts errent dans le bourg jusqu'à se croire vivantes, des animaux parlent à une vieille folle... Au cours ordinaire de la vie se substitue brutalement la guerre avec son cortège d'événements diaboliques.
Un conte ponctué de purs moments d'émotion, de fragiles instants de vérité saisis au vol par une plume d'une fraîcheur et d'une originalité peu communes, celle d'Olga Tokarczuk, la romancière polonaise contemporaine la plus traduite dans le monde, récompensée du prix international Man Booker 2018.

De (auteur) : Olga Tokarczuk
Traduit par : Christophe Glogowski

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Expérience de lecture

Avis des libraires

" Magnifiquement inspirée, Tokarczuk déroule un conte empli de gestes du quotidien, de bouts de vie, d'émotions, de fraîcheur et d'originalité. "|Serge Bressan
Le Quotidien

Avis Babelio

gerardmuller

4.50 sur 5 étoiles

• Il y a 1 mois

Dieu, le temps, les hommes et les anges. Olga Tokarczuk (née en 1962) Prix Nobel 2018 Antan est un paisible village polonais, le centre de l’univers de cette histoire, le cœur du monde, le cœur des hommes, le cœur de l’histoire. On y trouve des collines aux hannetons, des pâturages, des grenouilles, des rivières et un moulin. L’existence y est ponctuée par le temps, celui d’aimer, de souffrir et de mourir. À l’été 1914, l’armée du tsar enrôle les jeunes hommes et Michel Céleste, sous les yeux de sa femme Geneviève est embarqué vers la guerre. Quelques jours plus tard, Geneviève découvre qu’elle est enceinte… Rentrant de commissions quelques mois plus tard, elle aperçoit une jeune fille les pieds nus dans la neige, une mendiante, et lui offre un kopeck. On l’appelle la Glaneuse, elle est belle et vit de son corps, s‘offrant aux hommes qui tournent autour d’elle comme des chiens. Bientôt enceinte, elle accouche seule dans la misère d’un enfant mort-né. En février Geneviève donne le jour à la petite Misia… Puis le temps passant, le grain vient à manquer et le moulin s’arrête au printemps 1917. Ainsi chaque personnage trouve son temps dans ce récit, même le Mauvais Bougre qui fait son apparition dans la forêt d’Antan juste avant la guerre, un être qui après un méfait se perd dans la forêt, perd la tête et la mémoire et semble retourner à l’état d’un animal sauvage avide de sang. Geneviève revoit la Glaneuse qui, telle une pythonisse, lui annonce le prochain retour de Michel. Et puis le châtelain du village a récolté du grain qui permet au moulin de redémarrer. Parmi le personnel qui œuvre au moulin, un jeune prénommé Élie fait tourner les sangs de Geneviève, la trouble à un point tel qu’elle en ressent de la honte…Un trouble qui va persister… On découvrira ensuite la perte de foi du châtelain Popielski après les ravages causés par la guerre, les affres dues à un monde en perdition, le retour de Michel en 1919 et la découverte de sa fille Misia qui a cinq ans à présent et le doute sur sa paternité…Misia qui découvre ce qu’est une famille avec une mère et un père, un ensemble qui restructure le monde pour elle. Et Michel qui a ramené de sa captivité un objet inconnu alors à Antan, un moulin à café…Sans oublier le curé d’Antan, ennemi de l’eau de la Rivière qui envahit périodiquement son pré, amenant des hordes d’impudiques grenouilles nues et dégoutantes qui n’arrêtent pas de se grimper dessus pour copuler avec une morne obstination, enrouée de lubricité dans le cri, vibrante d’un inassouvissable désir. À sa manière, il va tenter de remédier à ce désagrément qui l’obsède… Et puis il y a le temps de Florentine, aliénée mentale suite à une série de souffrances et de douleurs due à la perte des êtres chers, éternelle parturiente…puis devenue stérile, recueillant les animaux abandonnés ou blessés, domestiques ou sauvages et les apprivoisant, fâchée à mort avec la lune persécutrice à son encontre ! Ah Florentine et son serpent fidèle compagnon ! Michel et Geneviève eurent bientôt en second enfant, un fils, Isidor né en 1928 le même jour que la fille de la Glaneuse, ce qui fit dire à Geneviève, qui avait entendu prononcer le mot fille par l’accoucheuse, que les bébés avaient été intervertis. Quant au châtelain Popielski marié avec des enfants, il tombe amoureux d’une artiste peintre de Cracovie et à trente huit ans découvre le sexe et l’érotisme sauvage et fou avec cette Maria artiste ! Plus loin on retrouvera Misia qui a bien grandi et devenue coquette et attire les regards et même plus de Paul Divin, le fils du charpentier qui s’occupe du château de Popielski... Popielski qui, victime d’une addiction à un jeu devient fou peu à peu. Puis la rencontre étrange entre Ruth, la fille de la Glaneuse et Isidor le fils de Michel et Geneviève. Ruth qui se demande comment Dieu a pu créer un monde comme celui-là à moins qu’il ne soit devenu fou ! « Dieu nous voit. Et le temps fuit. La mort nous poursuit. L’éternité attend. » Suivra le temps de la guerre, la Seconde et la défaite de la Pologne, le massacre des Juifs, les morts, les viols, les bombardements, l’occupation par les Allemands puis par les Russes, les expulsions de domicile, le temps de Dieu qui pose question… car la question n’est pas de savoir su Dieu existe, ce n’est pas ça qui compte, croire ou ne pas croire voilà, la vraie question ! La construction de ce roman de 400 pages qui ressemble à un long conte ou à une fable où la magie et les croyances régissent le quotidien des personnages, est très particulière, chaque chapitre, très court, est intitulé le temps d’un personnage ou d’un fait. Un très beau livre riche de spiritualité et d’émotions, écrit dans un style simple, évoquant la maladie, la démence, le chagrin et le remords. Les femmes y occupent une place prépondérante, vivant leurs amours, leurs souffrances et leur vieillesse entre magie et principes moraux et religieux. C’est sur les femmes, dans ce récit, que tout repose. Extrait : « Or, c’était un temps où les femmes mouraient plus vite que les hommes. Elles étaient ce récipient d’où l’humanité sourd goutte à goutte. Les enfants sortaient d’elles comme les oisillons des œufs. Chaque femme-œuf devait ensuite se recoller d’elle-même, reconstituer sa coquille. Plus la femme était robuste, plus elle mettait d’enfants au monde et plus elle s’étiolait. Dans la quarante-cinquième année de sa vie, le corps de Florentine, libéré du cycle de l’éternelle parturition, atteignit enfin le nirvana de la stérilité. »

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berni_29

5.00 sur 5 étoiles

• Il y a 2 mois

Dieu, le temps, les hommes et les anges. Rien que cela... Olga Tokarczuk convoque dans ce très beau roman aux dimensions multiples une magnifique galerie de personnages vivant dans un village perdu, isolé dans la campagne de Pologne, qui s'appelle Antan, aux prises avec les forces du destin. L'autrice nous apprend qu'il s'agit précisément d'un hameau cerné par deux rivières, la rivière Blanche et la rivière Noire, deux rivières qui s'unissent au pied d'un moulin, par ailleurs ce village est gardé de part et d'autre par deux anges, l'archange Gabriel et l'archange Michel. L'histoire se déroule à la veille de la première guerre mondiale, elle se poursuit vers la seconde guerre mondiale, traversant ces deux guerres tragiques et leurs atrocités, elle continue à cheminer durant les quelques années suivantes. En toile de fond, nous entrevoyons une Europe saignée par ces deux guerres mondiales, puis dépecée pour en livrer plus tard quelques morceaux au régime communiste, plongeant pour un temps la Pologne sous la tutelle soviétique. Voilà vraiment qui plaide à croire en Dieu et aux bons anges bienveillants, n'est-ce pas ? Je vous l'ai dit, les personnages convoqués dans cette immense et vertigineuse fresque sont multiples. Ils appartiennent en effet autant au genre humain, qu'au règne animal, qu'à celui végétal, ou même au monde des choses, comme un banal moulin à café qui se révélera important dans l'histoire, sans oublier le monde divin bien sûr. Parfois en effet, Dieu, les anges, s'en mêlent, c'est un peu comme un récit raconté par Homère, comme l'Iliade ou l'Odyssée, cette fois c'est Olga Tokarczuk qui nous parle du cosmos comme s'il s'agissait d'une doublure divine du monde. Elle retourne sans cesse son récit, le dessous n'est pas comme le dessus, et pourtant, c'est la même histoire qui nous est racontée. C'est ainsi que le roman prend vite l'allure d'un conte pour napper d'un voile féérique la vérité crue, celle des guerres, de la barbarie, celle des amours contrariées, celle des mensonges, celle des désillusions, celle des joies aussi, celle des coeurs qui se trouvent ou se retrouvent, celle des âmes qui fusionnent... Le temps pourrait sans doute être le personnage principal de ce roman, à condition de pouvoir bien le cerner, car ici le temps prend lui aussi de multiples formes, se joue de nous, nous secoue, nous bouscule, nous lecteur, nous entraîne jusqu'à la lisière des forêts comme dans un rêve éveillé. Il y a le temps de la vie, le temps de l'amour, le temps de la mort. C'est un temps rythmé par les saisons et les guerres. Il y a ici cette idée d'un temps qui s'échappe, d'un temps bousculé, d'un temps retrouvé. Ce qui se passe dans ce flux du temps existe, avec ou sans Dieu d'ailleurs. C'est à Antan que commence l'histoire avec Geneviève et Michel qui est meunier. Plus tard, j'ai fait la connaissance de leur fille Misia, de son époux Paul et de leurs enfants. Nous voyons se dérouler l'histoire de trois générations. Les noms de certains personnages semblent bien issus d'un conte : la Glaneuse, le Mauvais Bougre, le châtelain Popielski, le Noyeur, Isidor, Perroquette... et même Dieu, pas forcément celui auquel on pense... Tiens, à propos de Dieu justement et de l'obsession du personnage d'Isidor de cerner le monde toujours en quatre dimensions, je vous livre une façon de poser votre croyance à travers quatre visions du roman : 1] Dieu existe et on y croit ; 2] Dieu existe et on n'y croit pas ; 3] Dieu n'existe pas et on est d'accord ; 4] Dieu n'existe pas et on pense qu'il existe quand même. Voilà, faites votre choix... Ce roman merveilleux, baigné par des chroniques de la vie ordinaire et des croyances populaires, soulève des questions existentielles profondes mais tout cela est abordé avec beaucoup de fraîcheur. Le style est emprunté à une forme de réalisme magique, qui tient de la fantasy, les habitants morts reviennent visiter les lieux, et ça j'adore... Le génie de la romancière tient aussi dans sa manière de relier les chroniques ordinaires des habitants à l'histoire universelle, à commencer par celle de la Pologne bien sûr. Il y a l'histoire d'un jeu de cartes qui se joue à un seul joueur, qui s'assimile à une sorte de grand labyrinthe circulaire à chaque étape duquel se trouve Dieu, dont les franchissements successifs semblent déterminer le destin de chacun des personnages du livre, plongeant le récit dans une dimension métaphysique totalement vertigineuse et fascinante. Ce dédale de chemins m'a brusquement plongé dans l'ambiance de Fictions, de Jorge Luis Borges. Si mes deux personnages préférés sont la Glaneuse, - femme égarée, fuyante, étrange et ensorcelante dont la peau laisse émaner des effluves d'angélique lorsqu'elle fait l'amour -, et Isidor enfant épris de candeur et de générosité, qui voudrait tant pouvoir réparer le monde si malade, j'aurai bien du mal à m'éloigner d'autres personnages qui m'ont touché par leurs voix si émouvantes. La langue est belle, le ton est juste, dans une puissance d'imagination incroyable, Olga Tokarczuk convoque les mots pour transcender les êtres, les choses, les sensations, ce qui est invisible à nos yeux, nous faire accéder à l'envers du décor. La douceur apparente des contes rend leurs récits tragiques non seulement universels, mais intemporels aussi. L'Europe fragmentée que nous connaissons aujourd'hui n'est-elle pas l'écho douloureux des voix d'un village fictif perdu dans la vieille Pologne d'Antan... ? Ce roman est envoûtant par son écriture et l'ambiance qui s'en dégage. C'est un roman foisonnant, profond et touchant.... Merci Isa (@Isacom), c'est grâce à toi que j'ai pu enfin lire ce merveilleux roman . " L'homme est un animal conteur, la seule créature sur terre qui se raconte des histoires pour comprendre quel type de créature il est. le récit est un droit inné et personne ne peut le lui enlever. " - Salman Rushdie

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Fiche technique du livre

  • Genres
    Romans , Roman Étranger
  • EAN
    9782221240861
  • Collection ou Série
    Pavillons Poche
  • Format
    Poche
  • Nombre de pages
    416
  • Dimensions
    184 x 123 mm

L'auteur

Olga Tokarczuk

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9,50 € Poche 416 pages