Enquête sur les modes d'existence : Le livre de Bruno Latour

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La Découverte

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Au moment où notre univers est menacé de destruction, ce livre-monde voudrait dépasser les oppositions philosophiques binaires et le découpage de la réalité en " domaines " devenus inopérants et proposer un plurivers plutôt qu'un univers à partir de quinze " modes d'existence " aptes à rendre compte de la réalité.

Le spectre de la modernisation hante la planète. On compare les sociétés en s'interrogeant sur les avancées ou sur les reculs de ce front apparemment irréversible de modernisation. Or, chose étrange, on manque toujours d'une description anthropologique de ceux qui se désignent comme étant à l'origine de ce mouvement. Dans un précédent livre, Bruno Latour avait fait l'hypothèse que " nous n'avons jamais été modernes " : le développement des sciences et des techniques nous aurait entraînés dans une histoire d'attachements chaque jour plus intimes entre humains et non-humains. Une histoire tout à fait contraire de celle des Modernes s'émancipant toujours davantage de la nature.
Pour repérer les valeurs multiples et contradictoires auxquelles tiennent ceux qui se disent Modernes, il faut accepter qu'il y ait plusieurs régimes de vérité, plusieurs types de raison, plusieurs modes d'existence dont l'enquêteur doit dresser avec soin les conditions de félicité et d'infélicité. On peut alors revisiter le cœur de notre vie collective : les sciences, les techniques, mais aussi le droit, la religion, la politique et, bien sûr, l'économie, la plus étrange et la plus ethnocentrique des productions. Et se poser autrement ces questions : Que nous est-il donc arrivé ? De quoi pouvons-nous hériter ? Qu'avons-nous en propre ? L'enjeu n'est pas mince au moment où les crises écologiques obligent toutes les sociétés à repenser ce qu'elles ont en commun.
Pour avancer dans ces questions, l'auteur a mis au point un dispositif original qui s'appuie sur une enquête collective auquel le livre sert d'introduction, de rapport provisoire. Grâce à un environnement numérique monté tout exprès, les lecteurs pourront participer au recueil des expériences multiples repérées par l'enquête, avant de devenir coproducteurs des versions finales. C'est par cet exercice d'" humanités numériques " que l'auteur prétend renouveler, avec ses lecteurs, l'anthropologie philosophique des Modernes.

De (auteur) : Bruno Latour

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Expérience de lecture

Avis des libraires

De tous les essais de la rentrée, c'est peut-être le plus fou, le plus difficile, et sans doute un des plus dérangeants: dans son Enquête sur les modes d'existence, fruit bien mûr d'une vingtaine d'années de travail, l'anthropologue et sociologue Bruno Latour passe les Modernes aux rayons X: quelles sont nos valeurs ? A quoi croyons-nous vraiment ? Le verdict est tombé: nous n'avons jamais été modernes au sens où nous l'entendons. Ce qui explique peut-être pourquoi nous avons tant de mal à comprendre ce qui nous arrive. Latour cherche, et ce qu'il trouve déchire nos certitudes, nos illusions, et surtout le discours par lequel nous nous berçons.

|Olivier Pascal-Mousselard
Télérama

Pour la postérité aussi, il y a des effets cliquets. Un auteur semble hésiter au seuil de l'éternité. Puis un livre vient, qui ne laisse plus aucun doute: on sait que la série des livres publiés jusqu'alors constitue une des grandes aventures intellectuelles de notre époque. L'Enquête sur les modes d'existence de Bruno Latour est de ceux-là. Elle impose Latour comme un de ces auteurs qui démentent l'idée reçue d'une décadence de la pensée française. Par son ampleur d'abord. voici un livre qui touche à presque tout ce qui nous importe: la science, la technique, la religion, la politique, les arts, la psychologie, l'économie, la morale, le management, le droit, la société, la nature et même l'habitude... Par son originalité ensuite: rien de ce que nous pensions quant à ces dimensions si fondamentales de notre existence ne tient en place sous la plume à la fois truculente et subtile de Bruno Latour: l'on découvre que les psychothérapies ne sont qu'une forme particulière de sorcellerie, que les objets techniques précèdent l'humain de plusieurs millénaires, que la religion se comprend mieux quand on la compare aux scènes de ménage, etc. Par sa cohérence enfin: on peut bien dire que Latour a mis au point dans ce livre sinon un système (l'idée lui déplairait), du moins une méthode, dont la rigueur et la puissance n'ont rien à envier à celles des grands philosophes du passé. [...] Il est certain qu'après l'Enquête sur les modes d'existence, on ne pourra plus ignorer que Latour est une des plus grandes figures intellectuelles de notre temps.

|Patrice Maniglier
Le Monde des Livres

Spécialiste de la philosophie des sciences, Bruno Latour bâtit depuis trente ans une oeuvre originale autour de la question de la nature et de la culture. Avec Enquête sur les modes d'existence, sa réflexion opère un saut qualitatif et devient un système. En quinze chapitres haletants, il met à nu la contradiction centrale de la modernité, recense ses angles morts et en propose une nouvelle fondation. Il y est question de droit, de morale, mais aussi d'un sentier sur les hauts plateaux du Vercors ou de l'usage de l'aspirine. Car tout est bon pour alimenter l'énorme machinerie métaphysique qui s'élabore sous nos yeux - machinerie au demeurant provisoire, puisqu'un site internet va permettre de la soumettre à son tour à l'examen public (Modesofexistence.org).

|Eric Aeschimann
Le Nouvel Observateur

Nous n'avons jamais été "latouriens" moins parce que l'oeuvre du philosophe Bruno Latour ne serait pas assez ambitieuse (elle l'est démesurément !) que parce qu'elle se heurte, en apparence, à un voile d'opacité décourageant souvent la tentative de s'y aventurer. Depuis les années 70, la difficulté de réception de son travail, à travers des ouvrages de plus en plus influents, comme Nous n'avons jamais été modernes (1991) ou Politiques de la nature (1999), tient d'abord à l'impossibilité de le situer clairement dans la pensée contemporaine. Héritier d'une tradition assez rare en France - la philosophie pragmatique, incarnée par William James, Alfred Whitehead ou John Dewey -, Bruno Latour nous joue souvent des tours de passe-passe, certes joyeux et fulgurants, qui prennent aussi la forme du casse-tête. Lui-même reconnaît la dimension ovni de ses écrits, qui pourrait expliquer la discrétion de la presse lors de la sortie de Nous n'avons jamais été modernes un livre pourtant traduit en 24 langues, qui infuse beaucoup de travaux dans le monde. Ne cessant de réinterroger la notion de modernité et d'en démonter les présupposés, la pensée de Latour qui se voit comme un "marginal central", nourrit les controverses autour de la réflexion écologique du discours sur les sciences et plus généralement sur la définition des catégories et du vrai et du faux, ce qu'il appelle des "régimes de véridiction". Sur ce point, de moins en moins isolé en France, il entretient des affinités intellectuelles avec des auteurs comme Philippe Descola, Isabelle Stengers, Luc Boltanski, Bruno Karsenti, François Jullien ou Quentin Meillassoux. Pour Latour, il n'existe pas de raison absolue, comme le pensent les Modernes, mais plutôt des "modes d'énonciation" propres à chaque "mode d'existence". C'est à un exercice de "rangement" qu'il se livre dans son dernier ouvrage, Enquête sur les modes d'existence. une anthropologie des modernes. Où il réfléchit sur notre rapport à la technique, à la science, à l'économie, au politique, à la religion, au droit... [...] Entre philosophie empirique, métaphysique expérimentale et anthropologie comparée, Bruno Latour invente une voie - une voix - assez renversante. Dépassés parfois par ce qui nous arrive et ce qu'il dessine de nous, nous pourrions devenir un jour latouriens, à défaut d'avoir été modernes.

|Jean-Marie Durand
Les Inrockuptibles

Essai quasi encyclopédique d'anthropologie des " Modernes ", soit de nous-mêmes, par-delà le discours très éloigné de notre expérience concrète que nous en avons formé, et tentative de reformulation empirique de ce à quoi nous " tenons " vraiment dans chacun de nos " modes d'existence " la science, la religion, la politique, l'économie, etc., en vue d'ériger un monde matérialiste et immanent " pour de bon ", pluriel et viable : voici la " somme ", très attendue, de Bruno Latour, qui fait la synthèse de son oeuvre antérieure. Sous la limpidité de l'exposition, un ouvrage foisonnant auquel il faudra plus d'une lecture éclairée et critique pour en tirer toutes les implications. Avec ce livre, Latour prend date comme une voix majeure de la pensée française actuelle et peut-être l'opérateur de son tournant vers un pragmatisme enfin digéré, " autochtone ".

|Patrice Bollon
Le Magazine littéraire

Il y a trois raisons de lire le dernier livre de Bruno Latour. La première est l'attention due à celui qui prend la peine de présenter le résultat de vingt-cinq ans de travail. La deuxième est que celui qui l'apporte est B. Latour, c'est-à-dire un anthropologue, sociologue et philosophe qui a renouvelé depuis 1980 la façon de comprendre les sciences et la démarche de connaissance. La troisième enfin réside dans l'objet même qui est présenté, soit un livre qui se présente comme une introduction à un projet intellectuel particulièrement ambitieux auquel sont conviés tous ceux qui désirent y participer. Le livre pose le cadre d'une enquête à venir : le site dédié au projet (www.modesofexistence.org), sera l'interface numérique à partir de laquelle les commentaires, réflexions, critiques le développeront dans les années qui viennent. Reprenant et développant les analyses de ses précédents livres, B. Latour entend en préambule démonter la fable que se racontent, et à laquelle eux-mêmes succombent, les penseurs modernes sur les rapports entre théorie et pratique. Il y a le récit officiel, métaphysique, rationnel, les valeurs proclamées d'un côté ; de l'autre, la réalité de la pratique expérimentale, inventive, bricoleuse des sciences et techniques. Menant une enquête anthropologique, à la découverte de cette tribu des Modernes, B. Latour déconstruit progressivement cette façade de principe pour montrer à quel point la démarche scientifique est faite de bien autres choses que de méthode hypothético-déductive. À partir de là, ce sont les catégories même de la connaissance qui se révèlent poreuses, instables et hasardeuses. Quid du vrai et du faux, par exemple ? Quid des prétentions de l'économie scientifique dont les lois ne reposent en définitive que sur des arguments d'autorité ? Introduction à une vaste enquête collective dont l'ambition mérite d'être saluée, ce livre est un foisonnement d'idées, de questions, de surprises dans lequel se révèle tout le plaisir de penser. Cette gourmandise de l'esprit se veut pragmatique ; elle entend aider à penser vraiment les nouveaux rapports des hommes avec le monde qui vient.

|Thierry Jobard
Sciences Humaines

Malgré les perspectives ouvertes par la mondialisation des échanges économiques, l'avenir de la modernité occidentale n'a rien de transparent. Les violences nées d'inégalités récurrentes, les désordres écologiques sont autant de menaces. Certes, les Modernes que nous sommes les prennent au sérieux. Ils ne doutent pas des progrès que l'on peut attendre de la science et de son objectivité : ceux-ci permettront un ordre plus juste et plus universel. Mais ce faisant, les Modernes sous estiment quelque peu la complexité dans laquelle leur existence se trouve plongée. Il y a longtemps que Bruno Latour s'est inquiété du leurre et de ses avatars nés de critiques conventionnelles qui ne vérifient guère la pertinence de leurs objets. On connaît son hypothèse qui lie les méandres de la dynamique sociale à des acteurs-réseaux : il a ainsi rendu attentif à la vie propre d'objets techniques ou de fiction devenus nos partenaires dans l'action ; il a donné les moyens de repérer des inerties, des métamorphoses, des discontinuités. Les réseaux se créent, agissent, se cassent, survivent, selon des combinatoires touchant à l'infini. L'expérience des modernes est rarement celle de la continuité. C'est maintenant une étape nouvelle que Bruno Latour propose : il invite ses lecteurs à prendre connaissance de tous ces acquis afin de participer désormais à son enquête anthropologique sur la complexité du social (il suffit de s'inscrire dans un réseau dont l'adresse se trouve au début du livre). On est impressionné par la précision subtile des raisonnements que l'auteur propose, notamment ce qui met en relief les potentialités des mondes fictionnels ou l'hétérogénéité du monde de l'économie, là où beaucoup de dirigeants préféreraient trouver des règles objectivement contraignantes. Il y a là des outils qui font usage de la raison, non pour dire un ordre universel, mais pour rendre l'attention à l'autre féconde. L'auteur les espère durablement opérationnels par leur capacité même à se métamorphoser, mais cela suffira-t-il à la vigilance éthique qu'il veut aussi renforcer ?

|Pascale Gruson
Etudes
D'un homme-bloc comme Bruno Latour, on ne pouvait pas s'attendre à de l'ordinaire. Et on était prévenu qu'il s'agirait de l'oeuvre-maître – on a pourtant passé par Cogitamus ou les Petites leçons de sociologie des sciences. C'est dangereux aussi, de publier le moteur même de la machine – on n'a plus que ses propres repères. Et le projet même évidemment en appelle à cette sorte de déraison qui est la marque Latour, Un site Internet, modesofexistence.org avec en slogan comment composer le monde commun ? On y retrouve le " livre papier " (bon signe, que cette appellation ait besoin désormais d'être spécifiée), présenté comme rapport d'enquête, à partir de quoi nous sommes nous-mêmes requis de pousser le jeu via notre propre expérience sur ce point précis.
Le tiers livre

Il y a trente ans, il avait déjà marqué les esprits américains en se penchant sur le cas d'un laboratoire de neuroendocrinologie comme si il s'agissait d'une tribu peule. Aujourd'hui, cet agrégé de philosophie est l'auteur français contemporain le plus traduit à l'étranger. Ses ouvrages se déclinent dans près de trente langues, y compris le finnois et le mandarin. Dans son dernier recueil, Enquête sur les modes d'existence, il questionne l'empire de la technique et de la sciences sur nos vies. En fin pédagogue, ce professeur à Sciences Po s'autorise parfois à citer les aventures de Gaston Lagaffe. En mai, il a reçu le prix Holberg, la plus haute distinction en sciences humaines. M'enfin ?!

Vanity Fair
Quelle place sur Terre pour les Modernes ? À l'occasion de la sortie de son Enquête sur les modes d'existence. Une anthropologie des Modernes, Bruno Latour s'entretient avec Arnaud Esquerre et Jeanne Lazarus sur la genèse et le dispositif de son ouvrage magistral qui, à partir de l'ensemble de ses précédents travaux, enquête sur quinze modes d'existence possibles qui permettraient aux Modernes de repenser leur place sur la Terre.|Arnaud Esquerre & Jeanne Lazarus
La vie des idées

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Fiche technique du livre

  • Genres
    Sciences Humaines & Savoirs , Philosophie
  • EAN
    9782707173478
  • Collection ou Série
    Hors collection Sciences Humaines
  • Format
    Grand format
  • Nombre de pages
    504
  • Dimensions
    242 x 172 mm

L'auteur

Bruno Latour

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