L'échec d'une utopie - Une histoire des gauches en Israël : Le livre de Thomas Vescovi

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La Découverte

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La gauche a joué un rôle central dans l'histoire d'Israël. Au cœur de la création de l'État en 1948, elle est restée majoritaire au Parlement pendant plus de trente ans. Depuis la fin des années 1970, et plus encore après l'assassinat d'Yitzhak Rabin en 1995, les partis de gauche traversent une crise profonde. Face à la poussée des courants ultranationalistes et religieux, ils doivent multiplier les alliances contre nature pour s'assurer une représentation parlementaire. La question est désormais posée : existe-t-il encore une gauche en Israël ?
Remontant aux sources du mouvement sioniste, dont l'aile gauche cherchait à bâtir en Palestine un État pour les juifs sur des bases socialistes, ce livre raconte l'histoire des mouvements progressistes et révolutionnaires israéliens. Au fil de ce récit très documenté, l'auteur analyse les débats qui animent et divisent ces mouvements depuis leurs origines. Comment peut-on être sioniste et de gauche ? Comment construire une société juste et égalitaire avec les Palestiniens ? Comment contrer les assauts de la droite sioniste et des mouvements religieux qui, jadis minoritaires, sont désormais hégémoniques politiquement et culturellement ?

De (auteur) : Thomas Vescovi
Préface de : Michel Warschawski

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Expérience de lecture

Avis des libraires

Thomas Vescovi propose une somme exhaustive sur la gauche israélienne, aux airs de nécrologie. [...] C'est la grande qualité de son livre : il rappelle qu'il y a toujours eu deux gauches juives, dès la fin du XIXème siècle. L'auteur se plonge avec minutie dans les affrontements entre le Bund et les sionistes, les " territorialistes " et les " inconditionnels ", les marxistes orientalisants et les travaillistes atlantistes, qui déterminent encore les lignes de fracture contemporaines. Surtout, il montre comment le sionisme, d'abord mouvement d'émancipation face à l'antisémitisme, a repris les méthodes et discours " civilisateurs " du colonialisme, faisant du socialisme un simple bras armé de l'étatisme, de la même façon que la terre sacrée n'était qu'un mythe mobilisateur. Un double jeu qui a fini par se retourner, telle la créature de Frankenstein, contre la gauche sioniste, la synagogue l'emportant contre le kibboutz. |Guillaume Gendron
Libération
L'historien Thomas Vescovi dresse le bilan inédit d'une utopie qui a fini par succomber à ses contradictions internes.|Denis Sieffert
Politis
Excellent essai sur la déliquescence de la gauche en Israël depuis la fin des années 1970.
Télérama

Avis Babelio

LeScribouillard

4.00 sur 5 étoiles

• Il y a 4 semaines

La dernière fois qu’on a parlé d’Israël, NON POSEZ CE LANCE-ROQUETTES !… Je disais donc, la dernière fois qu’on a parlé d’Israël, j’insistais sur l’idée que le sionisme avait peu à peu donné naissance à une société d’extrême-droite n’étant ni favorable aux juifs, ni aux autres sémites. Israéliens, palestiniens, bédouins et migrants sont désormais enserrés dans l’étau de gouvernements terroristes et haineux, Netanyahu menant la danse en instaurant progressivement un fascisme outrancier. Pour faire descendre les tensions, le mieux serait d’accorder à tout le monde l’égalité, même si j’ai bien conscience que la situation est joliment tendue du slip. Seulement, vous me direz : il n’existe pas que le sionisme d’extrême-droite ! Il y a aussi un sionisme de gauche : historiquement, le sionisme travailliste a dominé Israël, et encore actuellement, des groupes juifs de gauche radicale comme le Collectif du Golem défendent plus ou moins ouvertement ce pays. Est-ce que le virage à la droite de la droite qu’a effectué Israël était inévitable ? Est-ce qu’il n’y aurait pas moyen de prôner un sionisme différent, un sionisme qui garantirait un État pour les juifs, et les protégerait des terroristes arabes sans pour autant provoquer des crimes contre l’Humanité ? Les livres sur le sujet ne sont hélas pas si nombreux, en raison d’une gauche française et internationale très marquées par l’antisionisme. Exceptionnellement dans la série d’articles « siamo tutti antisionisti ! », j’ai décidé de convoquer un auteur qui n’est pas juif, ou tout du moins qui n’affiche pas ouvertement sa judéité ; pour autant, je n’ai pas pris le premier clampin venu, puisque ce Thomas Vescovi est adoubé en préface par Michel Warschawski, figure de proue de l’antisionisme juif et israélien, et qu’il collabore à Yaani, un média qui présente avec beaucoup de nuance les multiples facettes des sociétés israélienne et palestinienne. Avec L’échec d’une utopie. Une histoire des gauches en Israël, nous plongeons dans la complexité et les paradoxes du sionisme de gauche… et nous en apprenons un peu plus sur ses opposants. Le sionisme de gauche a-t-il eu de bons aspects ? Eh bien oui, quelques-uns : dans l’optique de se réapproprier une terre dont l’immense majorité du peuple juif avait été coupé durant 2000 ans, la vie paysanne a été mise en avant au sein de communautés collectivistes, les kibboutzim et les moshavim. À la manière des soviets, des kolkhozes et des sovkhozes, il s’agissait de mettre en commun les ressources plutôt que de les laisser entre les mains de quelques-uns. Mais l’emplacement de ces communautés, près des habitations palestiniennes, avait clairement pour but de dire : « Dégagez. Maintenant, ce terrain est à nous. » Il s’agissait de postes avancés le long des frontières séparant Israël des territoires laissés aux palestiniens, où l’armée a pu dérouler ses entraînements et où l’on habituait à l’effort physique ceux qui constitueraient bientôt le plus gros des futurs soldats. Les kibboutzim et les moshavim ont eu pour fonction d’encourager la colonisation plutôt que le partage. La gauche sioniste a également tenté, principalement par attrait électoraliste, d’inclure les arabes dans la société israélienne. Mais comme ils étaient en permanence suspectés d’être des terroristes ou des sympathisants des révoltes palestiniennes, les arabes ne pouvaient pas accéder à certaines fonctions-clés (même être militant leur a parfois été interdit), et n’obtenaient un poste de pouvoir qu’après avoir montré patte blanche. Le sionisme de gauche repose sur deux injonctions contradictoires : donner l’égalité à tout le monde ET répondre en priorité aux besoins des juifs. Ainsi, pour qu’un arabe soit entendu, il faut qu’il coche les cases du « bon arabe », ce qui revient à valider un racisme en tentant d’en combattre un autre. David Ben Gourion, longtemps Premier ministre d’Israël est un bon exemple de la trajectoire du sionisme travailliste : quand il s’agit de trancher entre nationalisme et socialisme, c’est toujours le nationalisme qui l’emporte. Les écoles socialistes voient leurs drapeaux et leur hymne se faire remplacer par ceux de l’État. L’atlantisme est préféré à l’Union soviétique à une époque où elle était pourtant prête à mettre au placard l’antisémitisme de Staline. La tradition religieuse du shabbat perdure dans le monde laïc, pour renforcer la cohésion nationale. Les prolétaires n’ont peut-être pas de patrie, mais les israéliens tiennent à la leur. En 1967, alors que Ben Gourion décline, la gauche sioniste israélienne abandonne la question palestinienne et tente de se repopulariser lors d’une guerre avec ses voisins arabes. Droite et gauche s’unissent dans un mélange contre-nature uniquement motivé par l’expansionnisme (l’armée va jusqu’à parler d’un « espace vital stratégique », terme qui me rappelle un peu trop le Lebensraum nazi). La Guerre des Six Jours est une victoire éclatante pour Israël ; mais elle est aussi la cause indirecte de la guerre du Kippour en 1973, où la Syrie et l’Égypte chercheront à prendre leur revanche dans un conflit beaucoup plus douloureux. Surtout, la gauche sioniste se tire une balle dans le pied : non seulement elle ne prend pas en compte les autres minorités que les juifs, mais elle ne prend pas en compte les minorités dans sa minorité. Les juifs du Moyen-Orient, les mizrahim, ne sont pas conformes aux standards des juifs occidentaux, ceux qui ont bâti Israël : ils sont donc entassés dans des camps de migrants insalubres où les autorités leur font part de leur vision bien à elles de ce qu’est la civilisation. Arrive ce que j’appelle l’effet PS : quand la gauche se comporte comme la droite, il ne faut pas s’étonner que les gens croient trouver une alternative dans une droite qui se fait passer pour la gauche. C’est par le vote des mizrahim que le Likoud, le parti de Netanyahu, va commencer à supplanter les travaillistes. Qui croit encore à un retour de la gauche sioniste ? Apparemment quelques collectifs juifs, du coup ; moi, sûrement pas. Ce courant politique est ruiné par ses contradictions sur l’égalité, et concurrencé par une extrême-droite devenue hégémonique en Israël. Si Netanyahu est un boucher sadique et que ses rivaux de partis plus à droite encore n’ont rien à lui envier, tous ces gens-là ont un avantage décisif : ils sont cohérents avec leur mode de pensée. Ils prônent la violence, mais c’est parce qu’ils n’ont jamais prétendu vouloir l’apaisement ; ils prônent le colonialisme, mais c’est parce qu’ils refusent l’égalité. Le sionisme semble voué à n’être plus que d’extrême-droite à l’avenir, et certains sionistes de gauche l’ont senti en prophétisant « la fin du sionisme » (c’est-à-dire de leur sionisme à eux). Pourtant, à côté du sionisme de gauche, émerge une autre gauche israélienne : celle antisioniste, prônant l’égalité entre juifs et palestiniens. Pour elle, la seule manière d’en finir avec la guerre et le terrorisme n’est pas de se réfugier dans une moraline déniant toute raison d’être à la colère des Grands Méchants Arabes™, mais d’écouter les revendications de tout le monde et de réaliser celles qui sont justes afin d’apaiser les tensions. Si le Maki, le parti communiste local, a globalement soutenu l’effort sioniste, une de ses scissions, le Rakah (qui deviendra le second Maki), critique le colonialisme d’Israël comme une émanation de l’impérialisme étasunien ; de son côté, le groupe Matzpen rassemble tous les membres de l’extrême-gauche critiques de Moscou, et prône une abolition claire et nette de l’oppression israélienne. Il faudrait aussi mentionner la mouvance des Anarchistes contre le mur, des progressistes assez énervés proches des milieux punks et antispécistes : l’antisionisme en Israël est peut-être minoritaire, mais il est riche de sa diversité. Enfin, de manière moins radicale, il faut encore compter la gauche simplement non-sioniste, n’ayant pas d’opinion tranchée sur la question mais se mobilisant clairement pour les arabes et contre la fascisation d’Israël, avec des associations telles que B’Tselem ou Breaking the Silence. J’aurais de petits reproches à faire à L’échec d’une utopie. Malgré un style fluide, l’auteur nous livre par moments trop de statistiques, de dates et de noms différents : le livre aurait mérité un glossaire, une chronologie, plus de graphiques, ou même un arbre généalogique des différentes organisations à son tout début ou à sa toute fin. Il ne s’agit pas du genre d’ouvrage que je lis pour le plaisir : en tant que non-lecteur régulier de livres d’Histoire et grand traumatisé des cours de géographie, j’ai une ou deux fois eu l’impression, toutes proportions gardées, de me retrouver sur les bancs d’école à apprendre par cœur le pourcentage d’accès à l’eau potable en 2007 dans le nord du Botswana selon les stagiaires de l’OCDE. À trop regarder les chiffres, on finit vite par oublier les personnes derrière ; heureusement Thomas Vescovi remet bien vite des visages sur les nombreuses victimes en rappelant les évènements sanglants qui ont jalonné la tragédie palestinienne. Il ne me reste plus qu’à joindre mes vœux à ceux de l’auteur : que la gauche non-sioniste, qui est en train de remplacer le sionisme travailliste, continue à monter lors des prochaines élections. Ça n’empêchera en rien le sionisme d’extrême-droite de rester au pouvoir pour les années qui viennent, mais ça plantera une graine (bien fragile) pour la suite, lorsque cette énième guerre qui oppose actuellement Israël et Gaza aura pris fin. Quant à moi, je vais replonger au plus vite dans la littérature juive antisioniste, car après tout c’est pour ma culture…

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Fiche technique du livre

  • Genres
    Actualités et Société , Politique
  • EAN
    9782348043116
  • Collection ou Série
    Cahiers libres
  • Format
    Grand format
  • Nombre de pages
    372
  • Dimensions
    207 x 143 mm

L'auteur

Thomas Vescovi

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22,00 € Grand format 372 pages