Le profilage des populations : Le livre de Armand Mattelart, André Vitalis

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La Découverte

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Notre monde d'hypersurveillance n'a plus rien à voir avec Big Brother. Les contrôles désormais sont invisibles et mobiles, de plus en plus tributaires de la participation involontaire des individus.
Ce livre vise à cerner l'origine, les contours et la dynamique de cette surveillance post-orwellienne. À partir de la rupture fondamentale introduite au XIX e siècle par le libéralisme et la reconnaissance des droits de l'homme, il retrace l'évolution fluctuante du couple libertés/contrôles.

La révélation de l'accès aux communications des internautes par l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA), en juin 2013, est venue rappeler l'ampleur du fichage et du traçage numériques. Le monde d'hypersurveillance dans lequel nous vivons n'a plus rien à voir avec le Big Brother totalitaire d'Orwell. Loin d'un modèle disciplinaire, les contrôles, exercés par une diversité d'acteurs publics et privés, y sont invisibles et mobiles, de plus en plus tributaires de la participation involontaire des individus et souvent à des fins d'anticipation de leurs comportements.
Ce livre vise à cerner l'origine, les contours et la dynamique de cette surveillance postorwellienne. À partir de la rupture fondamentale introduite au XIXe siècle par le libéralisme et les droits de l'homme, il retrace l'évolution fluctuante du couple libertés/contrôles. Au gré des crises économiques, sociales et morales, les progrès politiques et civiques ont été accompagnés par de nouveaux agencements des outils d'observation et de profilage, qui, après avoir visé des catégories particulières (vagabonds, ouvriers, migrants), ont bientôt concerné l'ensemble de la population. À cet égard, l'informatique, malgré la volonté proclamée des États d'en limiter les usages liberticides, opère une véritable révolution du contrôle. Cette mutation, qui se poursuit aujourd'hui avec l'appropriation des technologies numériques par des monopoles privés à l'échelle mondiale, va à contresens du projet de libération annoncé voilà plus de deux siècles.

De (auteur) : Armand Mattelart, André Vitalis

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Expérience de lecture

Avis des libraires

À la faveur des révélations faites par Edward Snowden, en juin 2013, au sujet des programmes de surveillance des internautes par l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA), l'image du Big Brother totalitaire d'Orwell s'est imposée comme une évidence dans de nombreux médias. Mais cette référence est-elle vraiment appropriée ? Armand Mattelart et André Vitalis, les auteurs du présent essai, tous deux spécialistes des enjeux liés au numérique, pensent au contraire qu'elle conduit à édulcorer les spécificités de " l'hypersurveillance " contemporaine. Selon eux, une première différence avec le modèle disciplinaire classique tient à l'invisibilité des dispositifs de contrôle. " La visibilité disciplinaire induit une relation qui s'établit sur un commandement de comportement, alors que l'invisibilité des technologies laisse apparemment libre un individu surveillé en permanence ", font-ils remarquer. Une seconde différence renvoie au développement d'automatismes à partir des masses de données stockées numériquement. " La puissance des automatismes, notamment celle des algorithmes de traitement des données, va permettre de suivre continûment les individus et d'anticiper leurs comportements ", est-il souligné.Sur la base de ce constat, Armand Mattelart et André Vitalis mettent alors en évidence un brouillage croissant entre production et consommation. De fait, le consommateur d'aujourd'hui, dont les données numériques sont utilisées par les professionnels du marketing, tend à devenir un " coproducteur, la valeur ajoutée du produit ou du service se trouvant chaque fois davantage dans son adéquation plus fine à la demande ". L'économie numérique appréhende ainsi essentiellement l'individu comme " une fabrique de données " et la captation de ses " données personnelles " est une part décisive de l'activité des géants de l'Internet (Google, Facebook, Apple, etc.). C'est sans doute l'un des mérites principaux de l'ouvrage que d'étudier l'évolution des modes de surveillance en lien avec celle du mode de production capitaliste.|Laurent Etre
L'Humanité
Le scandale suscité par les révélations des écoutes de la NSA avec la complicité des principaux acteurs de l'économie numérique a montré combien la collecte des données personnelles constituait un enjeu sensible. Pour autant, celui-ci est à la fois plus ancien et surtout plus ample que les débats médiatiques actuels le laissent penser. Ce sont ces lacunes que les deux auteurs s'efforcent ici de combler. Ils mettent en évidence la double face de ce profilage toujours plus perfectionné, pouvant être exploité à des fins policières ou commerciales, mais aussi indispensable à la mise sur pied d'un système de protection sociale. Internet n'est ainsi que le dernier stade d'une histoire déjà longue, conférant désormais un rôle prééminent à certaines firmes en situation de quasi-monopole à côté des pouvoirs publics. Les informations que nous leur fournissons souvent à notre insu représentent ainsi une véritable manne - ce n'est pas par hasard que nous parlons de banques de données ! -, en même temps qu'elles remettent en cause la notion même de vie privée. Un véritable débat démocratique apparaît ainsi nécessaire pour en faire un outil au service de la collectivité plutôt que de son contrôle.|Igor Martinache
Alternatives économiques
En articulant histoire des techniques et histoires des idées, les auteurs remontent aux origines du fichage. Bien avant les agissements de la NSA, l'Agence nationale de sécurité américaine, et le cybertraçage actuel des géants du web, c'est le monde du travail qui a inauguré ces pratiques en 1781, avec les livrets d'identification d'ouvrier en France. La suite ? Une évolution parfois effarante des procédés, de la fiche de police cartonnée (invention française !) aux cookies; tissant peu à peu, contrairement au Big Brother d'Orwell, une surveillance quasi invisible.
Sciences et avenir
" Rien n'est plus utile à l'État qu'une liberté connue et une surveillance cachée. " Avec ces mots de Pierre Samuel Dupont de Nemours (prononcés en 1787), les auteurs de cet essai donnent le ton dès l'introduction. Au fil des pages, Armand Mattelart et André Vitalis suivent l'évolution du profilage, interrogeant le rapport tendu entre liberté et sécurité. Instructif et inquiétant. Aujourd'hui, une quantité toujours croissante d'informations sur nos comportements et nos déplacements est compilée " pour en extraire des profils individuels et les segmenter ". À la surveillance de certaines catégories de la population s'est progressivement substituée une surveillance de l'ensemble des citoyens. Avec le constat que cette forme de contrôle qui, " du livret ouvrier aux registres de police et aux fichiers manuels, jusqu'à l'apparition de l'informatique puis de l'Internet ", n'a cessé de se perfectionner et de s'étendre. Le nombre de fichiers dans lesquels l'individu figure dans les pays occidentaux, indiquent les auteurs, est estimé à près de 500. Autre chiffre alarmant : 578, soit le nombre approximatif d'informations récupérées par visiteur et par mois par Google selon l'institut Comscore. " La création d'un fichier contenant les caractéristiques de tous les habitants du monde ne poserait pas de problème technique majeur ", affirment ici les auteurs, indiquant au passage que l'Inde s'apprête aujourd'hui à créer " la plus grande banque de données biométriques du monde relative au 1,2 milliard de ses citoyens, avec pour chacun d'eux le recueil de l'empreinte du pouce, le scanner oculaire et une identification à douze chiffres ". Une question se pose alors inévitablement : jusqu'où ce profilage peut-il aller ? " L'image de la société qu'(il) projette cadre mal avec le projet d'émancipation imaginé par (les hommes) à la fin du XVIIIe siècle ", notent A. Mattelart et A. Vitalis. Que sommes-nous prêts à accepter ?
|Marie Dechamps
Sciences humaines
Ce livre révèle l'indicible, ce que nous pensons qu'il n'arrivera jamais. La vie dans une société où le contrôle s'est imposé au travers de toutes les figures de l'Etat qu'il soit paternaliste, providentiel et/ou sécuritaire. Cette démonstration part de la Révolution à nos jours. Il fallait en 1789 surveiller les vagabonds, puis les ouvriers avec le livret ouvrier puis le carnet anthropométrique des nomades... Le libre échange des marchandises a rapidement nécessité le contrôle de la population.|Gilles Sainati
Mediapart
En un temps où les révélations d'écoute et de surveillance surgissent quasi quotidiennement, le livre d'Armand Mattelart et André Vitalis tombe à pic. Très récemment, c'est même le jeu Angry birds qui a été pointé du doigt, car possiblement infiltré par la CIA. En resituant son sujet dans un temps qui dépasse la simple actualité, il propose donc de réfléchir au profilage des populations.|Jean-Pierre Costille
Clionautes

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Fiche technique du livre

  • Genres
  • EAN
    9782707176318
  • Collection ou Série
    Cahiers libres
  • Format
    Grand format
  • Nombre de pages
    250
  • Dimensions
    221 x 137 mm

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18,00 € Grand format 250 pages