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"Vous parler de mon fils" : Philippe Besson aborde avec sensibilité le sujet du harcèlement scolaire
Publié le 31/01/2025 , par Lisez
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Y a-t-il plus grand drame ? Pour des parents, perdre un enfant est le cauchemar ultime, l’inguérissable chagrin. Un père, pourtant, doit se confronter à cette terrible épreuve : son fils de quatorze ans s’est suicidé après avoir été longtemps harcelé. De cette douleur indicible, Philippe Besson écrit un roman bouleversant.
Ses parents n’ont d’abord pas vu les signes. Comment peut-on seulement imaginer une telle situation ? Comment faire la différence entre l’humeur maussade d’un adolescent et une profonde angoisse ? L’histoire d’Hugo est celle de milliers d’enfants. Car, ne nous voilons pas la face, au collège, des gamins en martyrisent d’autres tous les jours. On le sait, les pouvoirs publics le savent, l’Education nationale aussi, et quoi ? Que font-ils ? C’est la douloureuse expérience à laquelle seront confrontés les parents d’Hugo, une sorte de double peine. Leur fils n’est pas un bagarreur, plutôt un rêveur. Un peu solitaire, timide, maigrichon aussi, il est une cible idéale pour les petites terreurs de sa classe qui, soudain, prennent en grippe l’un des leurs et s’amusent, car oui ils s’amusent, à l’agresser. D’abord verbalement puis physiquement. Hugo est une victime silencieuse, comme toutes les autres victimes de harcèlement. Ses parents devront deviner que quelque chose ne tourne pas rond. Mais, quand enfin, les langues se délient, leur combat se heurte chaque fois à un mur.
Après s’être attaqué à la violence faite aux femmes dans le très beau et très puissant Ceci n’est pas un fait divers, Philippe Besson s’empare d’un autre sujet de société, à la fois insoutenable et incompréhensible. Il donne la parole au père d’Hugo, ce jeune garçon qui a préféré la mort plutôt que de supporter les attaques quotidiennes de ses camarades de classe.
La vie banale d’une famille va basculer dans l’horreur. Avec sa femme, ce père a tenté de se battre mais, au delà du mutisme de son fils, il s’est confronté à l’inaction de tous ceux qui auraient dû le protéger. Hugo est mort, malgré tout. La culpabilité peut commencer à le dévorer, à l’anéantir. Devant une telle tragédie, il se pose éternellement les mêmes questions : qu’ai-je raté ? Quel était le moyen d’arrêter cet engrenage ? Une scène du roman est à cet égard impressionnante : le rendez-vous avec le proviseur, presque agacé par ces parents affolés. Un certain dégoût devant son inertie, son incompétence, nous prend. Ne comprend-il donc pas que la situation est grave ? Catastrophique ? On préfère renvoyer ces « agitateurs » chez eux, après tout, les enfants, de tout temps, aiment se chamailler. Personne ne voit l’urgence, personne ne veut la voir.
La disparition d’Hugo laisse un père et une mère détruits, un petit frère perdu, des grands-parents anéantis. Seule une marche blanche, rassemblant des milliers de personnes, éclaire un peu ce récit. Tant de monde pour défendre une seule cause : le harcèlement. Se faire enfin entendre des politiques, des enseignants, trouver, peut-être, une solution à ce fléau. Sauver d’autres jeunes vies ? Ce père meurtri doit pourtant avancer : Enzo, son cadet magnifique, est toujours là, si vivant, il est l’avenir. Pour lui, grâce à lui, le monde ne s’arrêtera pas. Un jour, ils iront mieux.
Vous parler de mon fils
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" Je vous demande de vous mettre à notre place. Un instant. Rien qu'un instant. Votre enfant vient vous raconter l'humiliation, la persécution, le bannissement. C'est votre fils, votre fille, il a douze ans, elle en a huit ou quatorze. C'est la chair de votre chair, ce que vous avez de plus précieux au monde. C'est l'être que vous devez protéger, défendre, soutenir, aider à grandir. Et il vient vous avouer cela. Vous y êtes ? Vous la devinez, votre stupéfaction ? votre culpabilité ? votre douleur ? votre colère ? Ça vous envahit, pas vrai ? ça vous submerge, ça vous dépasse, ça vous anéantit. Et ça, ce n'est que le début. Que les toutes premières minutes. "