La Bête humaine : Le livre de Émile Zola
LES GRANDS TEXTES DU XIXe SIÈCLE
Le sang exécrable des Rougon-Macquart court dans les veines de Jacques Lantier, fils de Gervaise et héritier d'une lignée maudite.
Lantier a assisté au meurtre d'un notable par le chef de gare du Havre. Pour se protéger, la femme de ce dernier, Séverine, le séduit et devient sa maîtresse. Auprès d'elle, et dans les vapeurs de sa chère Lison, sa locomotive, Jacques pense pouvoir conjurer ses pulsions meurtrières, résister à " la bête enragée qu'il sent en lui " à la seule vue de la nudité d'une femme.
Un voyage tragique commence, où la démence, la jalousie et le crime sont portés à l'incandescence dans le plus russe des romans français.
De (auteur) : Émile Zola
Préface de : Marie-Thérèse Ligot
Expérience de lecture
Avis Babelio
Bigmammy
• Il y a 1 mois
Zola aurait pu, de nos jours, intituler le 17ème roman de sa série des Rougon-Macquart : Crimes sur la ligne Paris-Le Havre … . Publié en 1890, d'abord sous forme de feuilleton dans le Gil Blas, ce thriller sanglant se situe entre « le rêve » et « L'argent ». Il met en scène Jacques Lantier, né en 1844), l'un des quatre enfants de Gervaise – Claude (L'oeuvre), Etienne (Germinal) et Anna (Nana). Jacques Lantier, jeune homme par ailleurs bien sous tous rapports, conducteur de train émérite très attentif à sa fantastique machine, la Lison, est affublé d'une tare héréditaire, due selon l'auteur au terreau alcoolique de sa famille : il éprouve la pulsion irrésistible de tuer les femmes qu'il tient entre ses bras : Eros et Thanatos en somme. Dans le cadre très minutieusement documenté du milieu ferroviaire – une sorte de microcosme où se rencontrent toutes sortes d'employés, le plus souvent logés à un point ou à un autre de la ligne – Zola a voulu produire « quelque chose d'hallucinant, d'effroyable, un drame propre à donner le cauchemar à tout Paris, beaucoup plus sauvage que Thérèse Raquin. » Des viols de très jeunes filles, des meurtres, des suicides, un empoisonnement, des catastrophes ferroviaires … tout y est : les passions adultères, la jalousie rétrospective, la convoitise (recherche compulsive d'un magot caché), la partialité politique du monde judiciaire, la mécanique mortifère du couple criminel. Le meurtrier, toutefois, paraît sans remords, ses fautes ne le tracassent pas, sauf si elles tournent mal. Cependant, celui qui a commis le crime hideux se délite progressivement physiquement et moralement, à son insu, il se désagrège … Finalement, même parfait, le crime ne paie pas. #8203;
shadowthrone
• Il y a 2 mois
Dans La Bête Humaine, Zola nous emporte dans un voyage vertigineux où la Lison, majestueuse locomotive aux allures de divinité mécanique, devient le témoin silencieux des passions les plus sombres de l'âme humaine. Le rail serpente à travers la France du Second Empire comme un fil d'acier reliant entre eux les destins tragiques, tandis que dans le grondement des machines se devine le rugissement sourd des pulsions primitives. Le destin de Jacques Lantier, ce mécanicien hanté par ses démons héréditaires, nous bouleverse par sa complexité tragique. Sous l'uniforme impeccable de l'employé modèle se cache un être déchiré, luttant contre une pulsion meurtrière qui le submerge à la vue de la chair féminine. Zola, avec une maîtrise qui allie rigueur documentaire et sensibilité romanesque, construit son récit comme un mécanisme d'horlogerie où chaque événement, chaque rencontre, précipite inexorablement la tragédie finale. Sa galerie de personnages nous offre un tableau saisissant de la société ferroviaire, où chaque figure porte en elle une troublante vérité. Roubaud, le sous-chef de gare dont la jalousie passionnée déclenche l'engrenage fatal ; Séverine, sa jeune épouse dont la beauté trouble éveille les désirs les plus sombres ; Pecqueux, le chauffeur qui incarne la fierté ouvrière avant de succomber à ses propres démons ; tous participent à cette fresque où les apparences de la respectabilité se fissurent pour révéler les abîmes de la nature humaine. L'art de Zola culmine dans sa capacité à fusionner l'observation technique et l'exploration des passions. Les descriptions minutieuses du monde ferroviaire, des mécanismes complexes des locomotives aux règlements minutieux des gares, deviennent sous sa plume le miroir d'une société où l'ordre apparent masque le chaos des pulsions. Le progrès technique, loin de dompter la nature humaine, ne fait qu'offrir un nouveau théâtre à ses débordements les plus sauvages. La force du roman réside dans cette alchimie unique entre chronique ferroviaire et tragédie antique. Les rails qui strient le paysage dessinent une géographie du désastre où chaque gare devient une étape dans la descente aux enfers des protagonistes. La Lison elle-même, cette locomotive aimée et redoutée, s'impose comme un personnage à part entière, créature capricieuse dont la puissance mécanique ne fait qu'amplifier les passions de ceux qui la servent. L'écriture atteint ici un équilibre remarquable, conjuguant la précision chirurgicale des descriptions techniques à la sensualité brûlante des portraits humains. Zola forge une langue qui marie la rigueur des manuels ferroviaires à la poésie des passions, la violence des actes à la délicatesse des sentiments. Chaque scène de meurtre devient sous sa plume une troublante chorégraphie où la mécanique des corps répond à celle des machines. Ce qui fait la grandeur de La Bête Humaine, c'est cette capacité à transcender la simple chronique criminelle pour atteindre aux dimensions du mythe. À travers l'histoire de ces hommes et de ces femmes que le destin fait se croiser sur les voies ferrées, Zola compose une méditation vertigineuse sur la nature humaine, sur cette part d'ombre que la civilisation technique ne parvient pas à éradiquer. Le roman s'impose ainsi comme une œuvre visionnaire où la modernité industrielle devient le décor grandiose de nos contradictions les plus intimes. La voie ferrée, symbole du progrès triomphant, se révèle être le théâtre où se jouent les drames les plus ancestraux de la passion et de la mort. Jacques Lantier, dans sa lutte désespérée contre ses pulsions, incarne toute l'ambiguïté de la condition humaine, suspendue entre la maîtrise technique et le chaos des instincts. Une œuvre magistrale qui nous rappelle que la frontière entre civilisation et barbarie traverse avant tout le cœur humain. À lire dans cette heure incertaine où le jour hésite avec la nuit, quand notre propre nature nous apparaît dans toute son ambiguïté, entre lumière de la raison et ténèbres des pulsions.
germ1tor
• Il y a 2 mois
Fils de Gervaise Macquart (L’Assommoir), frère de Claude l’artiste peintre de L’Oeuvre, et frère également d’Etienne (Germinal), Jacques Lantier est conducteur de train et souffre d'un mal dont il ne parvient pas à guérir. Il ressent un besoin pressant de commettre un crime lors de pulsions sexuelles. Il tombe sous le charme de Séverine, épouse du sous-chef de gare Roubaud. Ce dernier témoigne d'une rare violence contre son épouse quand il apprend qu'elle a été abusée par Grandmorin, haut magistrat à la retraite, un homme qui l'avait adoptée. Roubaud souhaite éliminer cet homme afin d'assouvir sa soif de vengeance. Zola nous plonge alors dans un véritable thriller psychologique. Cela commence par la galerie de portraits qui est des plus sombres. Roubaud est une brute qui s’ignore. Misard se révèle tortionnaire. Grandmorin un vieux pervers. Séverine manipulatrice sous ses airs innocents. Flore une tueuse. Et Jacques est un tueur de femmes en puissance. «Tuer une femme, tuer une femme! cela sonnait à ses oreilles, du fond de sa jeunesse, avec la fièvre grandissante, affolante du désir.». Des sentiments les plus bas et intéressés les animent. Jalousies, méfaits, adultères et désirs de vengeance tournants à l’obsession. Tous des monstres en puissance. Qui passera à l’acte? Qui renoncera à l’infime partie d’humanité qui lui reste? La galerie de portraits ne serait pas complète sans La Lison, la machine à vapeur de Jacques, merveilleusement personnifiée sous la plume de Zola. Au dix-septième roman de la série, on croit s’être habitué aux fines descriptions de Zola. Il n’en est rien. Zola se surpasse aussi bien dans les descriptions du caractère vivant de La Lison (à cet égard la catastrophe ferroviaire qui annonce la fin de La Lison est grandiose), que dans les noeuds psychologiques établis entre ses personnages. Ils se tiennent tous. Le monde ferroviaire est décrit avec une précision scientifique, à une époque où les trains symbolisent le progrès et fascinent. Ce roman n’a rien d’aussi politique que L’Assommoir, Germinal, ou La Terre en cela qu’il ne traite pas principalement de la condition ouvrière ou paysanne. C’est un roman du crime révélant la nature humaine sous son caractère le plus bestial. Mais c’est surtout à mon sens, une dénonciation d’un système judiciaire corrompu où ses acteurs, en conscience, accommodent la vérité. C’est la fin du Second Empire décadent, à l’image de sa justice. Je suis une fois de plus emballé par la force de la narration de Zola. Ce roman est très moderne par son rythme et son intrigue. Son emprise sur le lecteur est digne des meilleurs polars actuels. Malgré la violence presque sauvage – ou précisément à cause d’elle -, « La bête humaine » est un immense roman, impossible à oublier. A cette étude psychologique et sociale, des plus abouties dans la série des Rougon-Macquart, s’ajoute un art consommé du suspense et une écriture presque visionnaire.
Egan
• Il y a 3 mois
Le livre démarre fort, on rentre tout de suite dans le vif du sujet; la folie meurtrière. Pleins d’histoires dans l’histoire, j’ai apprécié la dynamique de l’œuvre. On ne s’ennuie pas. J’ai beaucoup aimé les descriptions concernant la Lison, le fait que Zola personnifie la locomotive, héroïne de l’histoire à part entière. Il y a un réel suspens, un récit bien ficelé et pas de longueurs inutiles. La deuxième partie m’a subjuguée et le final est surprenant. Malgré la noirceur dépeinte tout au long du livre, Zola se pose en ultime juge et appose son châtiment. Zola est pour moi mon écrivain préféré, un maître absolu de l’écriture, il signe la encore un chef d’œuvre.
Avis des membres
Fiche technique du livre
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- Genres
- Classiques et Littérature , Littérature Classique
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- EAN
- 9782266295956
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- Collection ou Série
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- Format
- Poche
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- Nombre de pages
- 416
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- Dimensions
- 179 x 110 mm
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3,50 € Poche 416 pages