Interview
"Glacé" en BD : Bernard Minier nous répond sur l'adaptation de son roman
Publié le 31/08/2022 , par Philéas
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Bernard Minier a grandi au pied des Pyrénées. Primé à l’issue de plusieurs concours de nouvelles, il publie "Glacé" en 2011, son premier roman, aujourd'hui adapté en bande dessinnée pour la première fois par Philippe Thirault au scénario et Mig au dessin.
Prix du meilleur roman francophone au Festival Polar de Cognac, le roman "Glacé" a très vite connu un large succès public. En mai 2019, le Sunday Times le classe dans son Top 100 des meilleurs romans policiers depuis 1945.
L'histoire met en scène le commandant Martin Servaz, un policier de Toulouse profondément humain et lettré, confronté à une série de crimes aussi épouvantables qu’incompréhensibles dans les Pyrénées au cœur de l’hiver.
Découvrez en exclusivité l'interview de Bernard Minier sur cette adaptation en bande dessinée...
1) En un mot, quelle a été votre émotion en découvrant votre roman en images ?
J’ai été scotché par l’atmosphère qui règne tout au long de ces 108 pages, la façon dont Mig et Thirault ont réussi à retranscrire l’esprit de Glacé par l’usage de la couleur, l’ampleur des paysages, le sens de la construction. Quel boulot ! Je suis un grand amateur de bande dessinée, aussi bien de la BD indépendante américaine – des choses comme Charles Burns, Chris Ware, Crumb, Spiegelman, Joe Matt, etc – que des classiques comme Alan Moore, Moebius, Druillet, Hugo Pratt, Corben… Je suis même capable de relire – par nostalgie sans doute – de vieilles BD françaises, espagnoles ou italiennes des années 60 imprimées sur du mauvais papier ! (Rien de très neuf, ça ne vous aura pas échappé.) Alors, voir Glacé adapté, et de cette façon, c’est évidemment un pur bonheur.
2) Avez-vous conseillé Philippe Thirault et Mig durant la réalisation, ou avez-vous voulu leur laisser « carte blanche » dans la représentation de l’histoire ?
Non, pas du tout. Je ne m’en suis pas mêlé. C’est leur vision de Glacé.
3) Qu’apporte selon-vous la BD par rapport au roman en terme d’émotion et de suspense ?
Ce n’est pas tant en termes d’émotion et de suspense (les deux sont très présents, je crois, dans le roman) qu’en termes « d’expressivité ». On ne va pas enfoncer des portes ouvertes, mais la BD est un langage à part entière, comme l’a bien montré Scott Mc Cloud. Comme le cinéma, elle a un impact visuel très fort qu’aucun roman ne peut avoir. Là où l’imagination du lecteur met des images sur les mots, c’est Mig qui s’en charge, et qui nous apporte sa vision. Et, bien sûr, il ne s’est pas contenté de montrer les montagnes ; il les a fantasmées, réinventées par son dessin, par la couleur, comme je l’avais fait avec les mots. Il a su créer une atmosphère des plus cohérentes et remarquablement « immersive ». Il y a des planches qui sont vraiment bluffantes. Et puis, là encore, lire « Servaz hurla » et le voir hurler, ce n’est pas la même chose. À chacun ses armes. La première planche, du reste, montre à quel point les auteurs, tout en s’emparant des paysages grandioses du livre, sont restés au plus près des personnages. Tant mieux.
4) Quel est votre passage préféré de l’adaptation ? Pourquoi ?
Il y en a plein. Il y a deux ou trois planches en particulier dont je me souviens : celle de l’arrivée à l’Institut Wargnier après avoir franchi un tunnel dans la montagne, cette planche : ouah ! celle du coureur à pied (j’ai oublié son nom) qui découvre le cadavre de Grimm sous le pont, la poursuite en voiture, la scène du télécabine, celles où Servaz et Irène Ziegler franchissent le mur d’enceinte du château et découvrent la « Belle au Bois dormant » qui se trouve à l’intérieur : dans cette séquence, les auteurs ont remarquablement traduit l’ambiance de contes de fées qui se trouve derrière le thriller soi-disant « réaliste » (ce n’est pas pour rien qu’il y a des personnages qui s’appellent Grimm, Perrault, Chaperon, un château, un cheval…). On sent qu’ils ont cherché à retranscrire ça, à s’en imprégner, à faire preuve d’une certaine fidélité. Qu’ils en soient remerciés.
5) Pourquoi conseillerez-vous aux lecteurs de votre roman de découvrir cette BD ?
À ceux qui ont lu le roman et aussi à ceux qui ne l’ont pas lu : la BD de Mig et Thirault se suffit à elle-même. Eh bien, déjà parce que ce sera une manière différente de se replonger dans l’histoire sans avoir à relire les 800 pages (en poche) de Glacé ! Parce qu’en même temps, c’est une expérience à part entière, une expérience très « immersive », je l’ai dit : ils vont lire quelque chose qui évoque le roman mais qui est en même temps autre chose. Ils vont confronter leur vision de Glacé à celle d’autres personnes. Et peut-être découvrir, s’ils ne les connaissaient pas, deux auteurs de grand talent.