Interview
Bernard Petit : « J'ai écrit avec l'intention de mieux faire connaître l'univers criminel. »
Publié le 16/01/2024 , par Fleuve éditions
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Le 1er février paraîtra Le Nerf de la guerre, le deuxième roman de Bernard Petit, l’ex-patron du 36, quai des Orfèvres. Un grand polar sur le trafic de stupéfiants et son blanchiment à travers l’Europe qui nous révèle un monde tout aussi fascinant qu’effrayant… À cette occasion, l’auteur a accepté de répondre à nos questions.
1/ Alors que dans La Traque vous faisiez la part belle à un gang de malfaiteurs, vous vous concentrez cette fois sur un tout autre sujet. Ce roman, finalement, c’est celui de l’argent roi et de la cupidité universelle. Pourquoi ce choix ?
Parce que, hors la délinquance sexuelle et les violences domestiques, l’argent est le ressort unique de toutes les activités criminelles, à commencer bien sûr par les trafics en tout genre — des drogues, métaux précieux, espèces protégées, armes, œuvres d’art, contrefaçons jusqu’aux êtres humains —, sans parler des vols, des escroqueries, des abus de confiance et des diverses fraudes… la liste est longue !
L’argent est désormais universellement considéré comme une promesse de pouvoir et, de ce fait, sa capacité d’asservissement est immense, au point qu’il y a de moins en moins d’activités humaines désintéressées à travers le monde. Presque tout s’achète et se vend. L’argent transforme ainsi progressivement les esprits, au même titre que l’éducation ou la famille, peut-être même davantage. Fascinant, il transcende toutes les différences du genre humain, qu’il s’agisse de l’âge, du milieu social, de la nationalité, de la couleur de peau ou encore du sexe. Une situation inquiétante, car elle s’accompagne d’une distanciation et d’un manque d’empathie chronique annonciateur, si on n’y prend pas garde, d’un retour vers des temps barbares.
2/ En préambule du Nerf de la guerre, vous précisez qu’il s’agit d’une œuvre de fiction inspirée de faits réels. Est-ce important, pour vous, de vous appuyer sur la littérature pour donner à voir la part obscure de notre société, pour nous plonger dans l’envers du décor ?
Le roman permet de s’affranchir de contraintes qu’on imagine aisément et d’aborder ainsi certaines questions avec une plus grande liberté de ton.
J’ai écrit Le Nerf de la guerre avec l’intention de mieux faire connaître l’univers criminel. Un monde habité d’hommes et de femmes dont la vie est régie par l’argent et dont les ambitions et les destins ne peuvent finalement que s’entrechoquer. Un monde où la violence est toujours sous-jacente. Et, au milieu de tout ça, j’ai voulu parler des policiers et des douaniers qui font du mieux qu’ils peuvent, qui sont parfois désemparés au point de franchir les lignes pour accomplir leur mission.
3/ Vous avez une manière très singulière de raconter le parcours d’hommes et de femmes qui, à un moment donné, ont fait le choix de l’illégalité. Il n’y a jamais de jugement, simplement des histoires et des ambitions qui orientent des trajectoires de vie. Est-ce votre expérience qui vous offre ce regard ?
Des années à côtoyer le crime vous amènent à prendre beaucoup de recul. C’est même une condition pour durer dans ce métier. Vous ne pouvez pas vous laisser guider par vos sentiments ou vos ressentiments. Vous devez apprendre à les maîtriser.
Par ailleurs, les trajectoires des personnages me semblaient se suffire à elles-mêmes. Je n’ai pas souhaité forcer le trait, je redoute la caricature. Nous vivons déjà dans un monde très binaire où les postures sont devenues plus importantes que le fond. On ne cherche plus vraiment à appréhender la complexité des situations ou des relations humaines. On se contente d’être pour ou contre, on like ou pas…
Pour toutes ces raisons, je veille à ne pas verser dans le manichéisme. En revanche, une fois le roman publié, je considère qu’il ne m’appartient plus vraiment et je reconnais à chacun le droit d’avoir sa propre grille de lecture en fonction de sa propre histoire.