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Rentrée littéraire : Abel Quentin nous livre une histoire d'effondrement
Publié le 13/09/2024 , par Lisez
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En 1972, des scientifiques du MIT alertaient sur les risques d'une croissance économique illimitée dans un monde aux ressources limitées. C'est de ce fait que part Cabane, le nouveau roman d'Abel Quentin.
C’est un roman explosif et l’écouter en livre audio est une formidable expérience. Votre perception de cet ouvrage sera sans doute plus délectable encore et la tension qui imprègne ces pages vous paraîtra même palpable. Largement inspiré du rapport Meadows de 1972, il relate l’aventure de jeunes chercheurs qui, après de longues années d’investigation, découvrent une catastrophe qui s’avère inéluctable : si la croissance et la démographie ne ralentissent pas, la planète s’effondrera, ce sera la fin du monde
À partir de cette histoire véridique, l’écrivain Abel Quentin nous entraîne au cœur même de cette terrible révélation et crée de toutes pièces des protagonistes plus vrais que nature : les Américains Mildred et Eugene Dundee, le Français Paul Quérillot et le Norvégien Johannes Gudsonn, sont les jeunes universitaires qui auront la lourde tâche d’annoncer la nouvelle la plus alarmante jamais entendue. Les deux premiers deviendront des militants de la cause écologiste, Paul les trahira en travaillant chez ELF et Johannes sombrera peu à peu dans la folie. Dans ce roman foisonnant, on ajoutera un cinquième personnage, celui de Rudy, un journaliste chargé de mener l’enquête sur ce rapport - rebaptisé « 21 » - trente ans plus tard.
Le comédien Pierre-François Garel, de son phrasé à la fois ironique et grave, lit avec ce qu’il faut de retenue mais aussi de drôlerie, car, oui, certaines scènes sont désopilantes, ces pages pour le moins angoissantes. Il prête sa voix à tous les protagonistes et c’est un régal d’entendre, grâce à lui, leur évolution, leurs changements d’humeur, leur cynisme parfois, mais surtout leurs inquiétudes. Car, de ces conclusions, personne ne fera jamais rien. Trop sombres, trop apocalyptiques sans doute : la maison brûle et nous regardons ailleurs, comme on nous l’a si souvent répété.
Ce roman devrait s’écouter d’une traite : d’abord documentaire, il devient thriller, nous fait même voyager aux quatre coins de la planète. Là encore, le comédien nous tient en haleine, difficile de ne pas être passionné par le destin de ces héros malgré eux. Pas de temps mort dans cet ouvrage qui ne nous rappelle pas seulement les craintes à venir, et elles sont mortifères, mais aussi la responsabilité folle de ces chercheurs d’une vingtaine d’années qui crieront dans le vide et n’obtiendront aucun soutien. Il fallait bien des nuances pour traduire les états d’âme de ces quatre-là, la lutte de certains, la radicalité d’un autre, la brutalité parfois. Sans aucun doute leurs totales désillusions et Pierre-François Garel trouve la bonne cadence pour nous les insuffler.
Eugene, Mildred, Paul ou Johannes avaient donc mis le monde en garde. Qu’a t-il fait de ces informations ? Est-il possible, dans notre société occidentale, de renoncer à son confort, de se restreindre ? Va-t-on continuer à regarder sans mot dire ceux qui, aujourd’hui, tentent de survivre sur une planète de plus en plus menaçante ? Si Abel Quentin ne donne pas de réponse, son roman a, entre autres mérites, celui de nous bousculer et de nous contraindre à ouvrir les yeux.
Lisez ! · Minute Lecture - Cabane, Abel Quentin