Focus
Méditer, ce n'est pas juste faire le vide dans sa tête
Publié le 05/08/2024 , par First Editions
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En trente ans, la méditation s'est libérée de son aura bouddhiste pour se fondre dans la vie quotidienne de nombreux adeptes. Aujourd'hui, elle est largement répandue et appréciée pour ses bienfaits. Pourtant, la méditation reste souvent mécomprise, enveloppée de clichés tenaces. Non, méditer ne signifie pas "faire le vide dans sa tête" ni se couper du monde pour atteindre un état de nirvana inatteignable. Au contraire, la méditation est une invitation à se connecter à ses pensées, à les observer avec bienveillance et à se réconcilier avec elles.
Pour retrouver le sens réel de la méditation, il est donc grand temps de tordre le cou à ce catalogue d’injonctions pas toujours bienveillantes et de préjugés éthérés.
« Méditer, c’est faire le vide dans sa tête »
Demandez à n’importe qui (ou presque) à quoi sert la méditation, vous obtiendrez la même réponse : elle a pour but de « faire le vide dans sa tête ». Telle est en effet l’idée que s’en fait l’immense majorité du grand public : la méditation servirait à vider notre esprit de toute pensée.
Cela se vérifie à chaque fois : on a beau expliquer aux personnes qu’ils doivent absolument laisser tomber cet « objectif » absurde, beaucoup d’entre eux expriment encore, après les premiers exercices, une frustration et une déception de n’avoir pas réussi à faire le vide dans leur tête.
Malgré toutes les mises en garde du monde, cette idée, largement véhiculée par les médias, suscite une impressionnante résistance.
Pourtant, elle est totalement erronée et même dangereuse.
Les vagues de l’océan
Pourquoi la méditation ne consiste-t-elle pas, surtout pas, à « faire le vide dans sa tête » ?
D’abord, pour une raison très simple : parce que c’est impossible ! On ne peut tout simplement pas faire le vide dans sa tête, comme on déciderait de vider sa valise, la corbeille de son ordinateur ou son disque dur. Notre esprit ne fonctionne pas ainsi ; il n’est ni une machine ni un contenant qu’on pourrait remplir ou vider à la demande. L’esprit humain est au contraire un perpétuel foisonnement de pensées, d’images, de sensations, de perceptions, d’intuitions, qui vont et viennent, qui se déploient et se redéploient, comme les vagues de l’océan, dans le mouvement permanent du vivant. Notre esprit vagabonde sans cesse, et c’est très bien ainsi !
Vouloir éliminer ses pensées serait aussi absurde et abstrait que de vouloir vider l’océan de ses vagues, alors même que les vagues sont l’océan. Cette idée est donc fausse, car elle est sans rapport avec la réalité de l’expérience de l’esprit humain.
Tous coupables ?
Cette vision est aussi extrêmement culpabilisatrice et d’une grande violence à l’égard de soi-même. Pourquoi, au fond, cet acharnement à vouloir « faire le vide dans sa tête » ? Qu’est-ce que cela sous-entend ? Cela signifie-t-il qu’il serait « mal » de penser ? Que nous serions « coupables » d’avoir trop de pensées et condamnés à les éliminer ? Et la méditation, dans tout ça ? Se réduit-elle à une sorte de « bazooka » mental destiné à supprimer ces pensées, ce trop-plein de vie, qui nous encombrent ?
Bien sûr que non ! Croire cela revient à se méprendre sur le fonctionnement de l’esprit humain, autant que sur le véritable sens de la méditation.
La découverte des pensées
La première découverte de la méditation consiste précisément à voir que nous avons des pensées, nombreuses, variées, puissantes et indépendantes de notre volonté. Comme la houle, nos pensées viennent à notre rencontre sans nous demander notre avis.
Dans un premier temps, ce constat suscite un mélange de surprise et de déception : à quoi bon méditer si c’est pour découvrir que je suis assailli de pensées ? Mais cette réalité n’a rien de négatif pour autant : en soi, il n’y a rien de mal à penser. Bien au contraire, c’est une activité vitale ! Cependant, il arrive (souvent) que nous soyons submergés de pensées sans rapport avec la situation que nous vivons, qui nous entraînent vers le large et nous éloignent de la présence que recherche la méditation. On dit alors que nous sommes perdus dans nos pensées.
Comment la méditation nous aide-t-elle à retrouver notre chemin – celui de la présence – dans le labyrinthe de nos pensées ? Certainement pas en les éliminant, mais au contraire en nous permettant d’établir un rapport plus juste avec elles. En développant une forme d’écoute bienveillante à leur égard, afin de distinguer les moments où nous pensons réellement – où les pensées ont quelque chose à nous dire – des moments où nous sommes perdus dans nos pensées – où les pensées sont sans rapport avec le moment présent.
Surfer sur ses pensées
Méditer, ce n’est donc pas essayer de contrôler ses pensées ou de les éliminer, mais, à l’inverse, voir que nous avons des pensées et nous y baigner, ne faire qu’un avec elles et, comme un surfeur, utiliser leur force pour revenir au présent.
Quand on médite, on observe l’émergence et le déploiement de nos pensées, on crée un rapport de plus grande proximité, d’amitié, avec le mouvement de nos pensées, auquel nous sommes attentifs et présents. La pratique est une forme d’intimité avec ce qui constitue la vie de notre esprit et de notre être – à l’opposé d’une vision mortifère consistant à vouloir faire le vide pour exercer un contrôle sur la vie.
Entrer en amitié avec ses pensées
On ne peut pas se libérer de ses pensées obsessionnelles en procédant à un impossible nettoyage par le vide, en les éliminant les unes après les autres comme des pigeons d’argile : cela ne reviendrait qu’à les garder en ligne de mire.
Au lieu de se focaliser sur elles et d’en faire des ennemies, la méditation nous invite à entrer en amitié avec nos pensées pour qu’elles s’apaisent, à les apprivoiser. J’ai des pensées, je les vois, je les écoute – j’accepte l’expérience que je suis en train de vivre. J’y suis pleinement présent.
La pratique de la méditation repose sur le pouvoir de l’amitié et de la vie, et non sur le contrôle et la destruction. Sur la présence et non sur le vide.
Il existe de très nombreuses idées reçues sur la méditation : méditer est une forme de relaxation, la méditation est une pilule du bonheur, il faut être croyant pour méditer, il faut des années pour ressentir les bienfaits de la méditation... Fabrice Midal vous propose donc d'envisager une nouvelle vision de la méditation, simple et naturelle, loin des clichés et des injonctions.
Méditer pour les Nuls - Ni technique, ni injonction : la vraie méditation, c'est simple
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